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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 20:50
6h02, deuxième féminine, 74ème au scratch une belle performance...

9 000 participants, 4 500 participants en solo dont 1 000 abandons. Edition relevée rendue difficile par la boue.

Podium femme
1ère : Sonia Furtado 5h49
2ème : Catherine Dubois 6h02
3ème : Caroline freslon 6h35
Podium homme
1er : Fabien Antolinos 5h00
2ème : Vincent Delebarre 5h04
3ème : Ludovic Pommeret 5h08


News TV :
http://www.saintelyon.com/course-raid-nocturne/


Avec Michel Delore, sportif, journaliste, écrivain. Michel a remporté l'épreuve 8 fois entre 1970  et 1980 avec un record en 5h20 en 1978.




Résultats :
http://www.grandtrophee.fr/CHRONO/saintelyon/2008/RECAP_RAIDINDIVIDUEL.xls










Avec la team Asics victorieuse en relai de 4


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commentaires

GIRAUD MAUD 05/01/2009 22:32

coucou Cathy, c'est Maud, je te souhaite tous mes voeux pour cette nouvelle année, dt à très bientôt sur un trail, bye,
Maud Giraud.

alexandre delore 27/12/2008 16:22

bonjour Catherine

nous avons couru côte à côte pendant un moment sur cette SaintéLyon.

je vous transmets mon récit de la course. J'espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire que j'en ai pris pour la courir et écrire ces lignes qui vont suivre.

J'en profites également pour vous souhaitez une bonne année 2009.

à bientôt.


SAINTELYON 2008 :
UNE FABULEUSE NUIT DELORESQUE

Relier Saint-Etienne à Lyon en courant (68 km) en pleine nuit, tel était le défi de 4500 « illuminés« , le 7 décembre dernier. Voici les ingrédients d’un raid nocturne, « la SaintéLyon », vécu de l’intérieur par une famille, dont le nom est devenu indissociable de la doyenne des courses ultra.

Chaque année, à la même époque, on remet çà. Chez les Delore, c’est un sujet incontournable. La SaintéLyon, 55 ème édition cette année, fait partie du patrimoine familial. Mon père, Michel, « le grand ancêtre », 72 ans, détient à la fois le record de victoires (8) et de participations (21). En 1978, il boucle la distance en 5h20. Le virus a été transmis d’abord à mon frère, Pierre, c’est sa 5 ème participation aujourd’hui. Pour ma part, c’est ma deuxième tentative après celle de 2006, en 7h. Objectif cette fois: moins de 6h30. Si cela, ce n’est pas courir par atavisme ?

22,V’LA LE GRAND ANCETRE

Pourquoi et comment en vient on à participer à cette course à pied si particulière ? D’abord le désir de courir près de chez soi. Ensuite, j’affectionne les efforts longs. Le terrain est vallonné, le dénivelé modéré (1300 mètres de dénivelé positif, 1700 de négatif). Route, chemins, sentiers, il y en a pour tous les goûts. De nuit,à certains endroits, il faut être un peu casse coup, mais dans l’ensemble, un coureur endurant avec une bonne vitesse de base peut tirer son épingle du jeu.
Cette année, je me suis bien préparé. D’abord, un bon printemps (marathon d’Annecy en 3h03, le Trail des Burons entre Aveyron et Lozère), un été que je ne pourrais pas oublié, avec le décès de ma mère. Elle, qui nous « avait si bien élevé », mon frère et moi, disait lors de ses obsèques, mon oncle Marcel. Elle, qui ravitaillait mon père sur le parcours, dans les années 1970-80. Avec l’arrivée de l’automne, mon frère et moi avons repéré chaque dimanche d’octobre un morceau du parcours, plus des entraînements vallonnés à toutes les allures, pour se faire les cuisses, à Bellegarde notamment, j’étais servi. Restait deux belles courses de préparation : la Val’Lyonnaise dans les monts du Lyonnais fin Octobre (26 km en 1h52) et le 16 novembre, le Jogg’ îles à Miribel Jonage (30,4km en 2h05). Mon frère termine à chaque fois seize minutes derrière. Il progresse. Deux semaines avant le jour J, mon père m’envoie
un message électronique « 22ème SaintéLyon ! ». Suite au Jogg’îles, il s’est laissé convaincre par des amis de reprendre du service, 7 ans après sa dernière participation. Je suis un peu septique. Surtout si les conditions météo ne sont pas bonnes. Le brouillard peut transformer la course en une partie de colin maillard. Finalement, tout le monde est prêt pour le grand rendez-vous.




DE BOUE TOUT LE MONDE !

Enfin, presque. Ma dernière semaine est laborieuse. Laurence et moi avons chopé la crève et je ne suis pas rassuré par une petite douleur derrière la cuisse droite. Mon moral est un peu atteint. Stressé, je dors mal. Il faudra tout le réconfort et les encouragements de ma promise pour partir d’aplomb. J’ai des choses à (me) prouver, alors, c’est vrai, je me suis mis un peu la pression. Mais le jeu en vaut la chandelle: Pensez, rien que pour le plaisir des yeux, courir la nuit, avec le ballet des frontales, cela n’arrive qu’une fois dans l’année ! Les pluies abondantes de ces dernières semaines ont rendu les chemins et sentiers encore plus boueux. Plusieurs observateurs comparent la SaintéLyon à la course cycliste Paris-Roubaix. Chez nous, on remplace les pavés du Nord par la boue des Monts du Lyonnais. C’est devenu à la fois une course de spécialistes, prisée par les régionaux - on s’y prépare spécifiquement - mais
aussi une course de masse, pour tout niveau de coureur. On y vient maintenant des quatre coins de l’Hexagone, même de l’étranger.

LOGISTIQUE IMPRESSIONNANTE

Au total, 4500 inscrits pour le raid individuel, autant en relais et randonnée. Pour les organisateurs, que de chemin parcouru. Lors de ma première participation en relais en 2002, le point d’orgue de la course avait pour lieu l’intimité des couloirs de la patinoire de Charlemagne ! Aujourd’hui, la logistique est impressionnante, la foule massée au départ, au parc expo de Saint-Etienne, rappelle un rassemblement digne de Woodstock. Et il faut saluer le professionnalisme de Michel Sorine, l’organisateur et son équipe d’Extra, ainsi que la disponibilité de centaines de bénévoles. Gérer une course nocturne hivernale, de ville à ville, n’est pas une sinécure. Un tel rassemblement n’est pas sans incidence. Cette année, le défi est de réduire la quantité de déchets et dissuader encore davantage les coureurs de déverser des détritus en pleine nature. Il y a quelques mois, les organisateurs se sont attirés les foudres du maire
de Sainte-Catherine. Il menaçait d’interdire le passage de la course dans sa commune, certains participants s’étant comporté comme des « porcs ». Une association environnementale en lien avec la Région est donc chargée cette année de nettoyer l’itinéraire après le passage des coureurs. Egalement plus de gobelet en plastique aux ravitaillements. En échange, chaque coureur doit porter sur lui un gobelet estampillé Région Rhône Alpes. C’est encombrant, lourd comme une gamelle pour trouffion, alors je garde cela en souvenir, ma ceinture porte-bidon fera l’affaire.


Le décor est donc planté, la famille Delore est réunie au complet pour la première fois, au départ du plus grand rassemblement de coureurs de l’année dans la région. Ce qui nous a blufflé, mon frère et moi, c’est l’accueil VIP pour mon père. L’animateur présente mon père (dossard 22) au public. Il fait partie des grands noms (Mondon, Petit, Lavault, Proeitto, Trottet, Remond, Guichard, Reynmann…) qui ont forgé la légende de cette course. Les applaudissements fusent. Mon père répond : « ce n’est ni une course de charlots ni pour coureur de salon ! Mais je vous rassure, il n’y en a aucun parmi vous ce soir ! »
Faut quand même pas qu’il prenne la grosse tête, ni que ces chevilles gonflent, car tout le monde l’attend,vivant et sain d’esprit si possible, au petit matin. A force, à enchaîner entretien télé, radio et presse écrite, ne va-t-il pas le payer dans quelques heures plus tard, quand les batteries baisseront ?

Moi, j’ai revu un peu mes ambitions à la baisse: je commence à me sentir mieux au départ mais j’ai prévenu Philippe Cozic,un coureur de Bellegarde qui fait le relais et un ami coureur des Yvelines, Rodolphe Jacottin, qui revient cette année pour bien finir, que je serai content d’aller au bout des 68 kilomètres. Advienne que pourra !

Minuit. C’est parti, on lâche les chevaux, c’est la délivrance. En compagnie de Pierre, on se fraie un passage parmi les centaines de coureurs devant nous. On n’a pas pu s’échauffer pour bien se placer au départ, alors les premiers kilomètres relativement plat dans les faubourgs de Saint-Etienne font office d’apéritif. Le plat de résistance commence au kilomètre 8 avec la côte de Sorbiers et le début des chemins sur les crêtes des monts du Lyonnais. Le temps convient bien à un coureur enrhumé : frais mais pas froid, l’air vivifiant, juste ce qu’il faut et point de brume ou brouillard, ce qui est rare, en cette saison dans le secteur. Malgré la boue, on est gâté. Et on coure pour une bonne cause: un euro de nos frais d’inscription sera reversé à des associations du Téléthon. Pour ceux qui n’ont pas la chance de se mouvoir normalement.

PROFITES EN, CE N’EST QUE DU BONHEUR!

Après quelques kilomètres de mise en jambe, les sensations sont bonnes. Me voilà rassuré. Un coureur me demande de lui donner de l’eau, sa poche à eau fuit, j’accepte gracieusement. Je ne suis pas à 30 secondes ou 5 minutes près. Dans ce genre de course, la solidarité et la convivialité vont de paire. A Sorbiers , je me dis : « tu as attendu ce moment depuis des semaines, profites en , ce n’est que du bonheur ! » Au fil des kilomètres, j’engrange de la confiance en positivant. Avec l’inversion depuis l’an dernier du départ des relais et du raid, on part devant sans être gêné (les relais partent à 1h du matin), cela offre une meilleure visibilité à la course. Arrive les premiers sentiers boueux, j’allume ma lampe frontale. On emprunte le GR 7. Je suis surpris par la clarté du ciel. Le peloton s’étire peu à peu. Je suis dans les 200 premiers environ. C’est donc forcément plus facile pour choisir sa trace dans le
chemin et anticiper flaque d’eau, boue, cailloux, racines… Avoir repéré en plus le parcours, c’est un avantage.
Je me retrouve au bout d’une douzaine de kilomètres aux côtés du dossard 4 : c’est la lauréate de l’an dernier, la villeurbannaise Catherine Dubois. En deux ans de course à pied en compétition, elle s’est forgée un beau palmarès ( SaintéLyon, Lyon Urban Trail, 3ème à l’Ultra Trail du Mont Blanc, vice championne de France de course nature…). Je me sens bien alors je reste dans son sillage.

LE BON WAGON

C’est un bon repère dans le petit groupe que je suis. Je l’encourage même. Il y a également un coureur qui m’intrigue et que j’ai déjà croisé sur d’autres courses. Il porte le dossard 170, un fin grand gabarit. J’ai terminé devant lui au semi marathon de Lyon, en septembre. Alors je me dis : t’es dans le bon wagon, restes -y ! On approche du premier point de ravitaillement. On quitte les sentiers au col de la Gachet. Retour provisoire à la civilisation, on aperçoit le village haut perché de Saint Christo en Jarez. Un morceau de route et l’on effectue le grand tour d’un complexe sportif. Au pointage à la sortie : 1h19 pour 16 km. Le début de course s’est déroulé comme je l’espérais. En pleine nuit, la foule est massée derrière les barrières. On prend alors conscience de l’engouement pour cette course mythique, au parfum d’aventure.

A la sortie du village, il y a une belle relance sur la route. Je croise alors le regard de Michel Sorine. Il supervise le passage des coureurs. Le groupe de tête vient de passer dix minutes auparavant. Etre organisateur de course, c’est être responsable de toute l’intendance de l’événement : être un peu partout à la fois, se rendre disponible, renseigner, rappeler à l’ordre. Vient ensuite une remontée dans un chemin, par paliers, qui croise une route à deux reprises. Le travail en côte commence à porter ses fruits. Je suis à l’aise. Puis, le terrain ne s’élève plus vraiment car on est à près de 800 mètres d’altitude, sommet des monts du Lyonnais, au lieu dit de Moreau. En plein jour, c’est un endroit idéal pour effectuer une randonnée pédestre. Et le panorama par beau temps est splendide: on peut voir à la fois le massif du Pilat, Saint Chamond et au loin Saint Etienne et de l’autre côté, l’agglomération
lyonnaise. Les chemins empruntés sont sans difficulté et la végétation, variée. De nuit, le décor est différent, le champ de vision se rétrécit. J’en viens à discuter avec le dossard 170, cité plus haut. Il s’appelle Christian Marcot, a 46 ans et vient de Tassin la Demi-Lune, près de Lyon. « les conditions de course sont bonnes, point de brouillard! » lui dis-je « c’est sûr, c’est peut être pour cela qu’on est parti un peu vite! » me répond-il. « je suis le fils de Michel Delore, celui qui a gagné 8 fois la course ! » en poursuivant. « ah oui, j’en ai souvent entendu parler. C’est ma 14ème participation. La première, c’était en 1990, la fameuse édition où j’ai terminé 18ème. » Cette année là, il tombe 60 cm de neige en pleine nuit, la grande majorité des coureurs sont contraints à l’abandon et seuls 80 coureurs rejoignent l’arrivée en héros à Saint Etienne. A cette époque, le départ
et l’arrivée alternaient une année sur deux entre les deux métropoles régionales. On coure maintenant côte à côte à une bonne allure. On rigole même à un moment à poser involontairement nos pieds dans une mare de boue. Qu’importe, nos chaussures sont déjà baptisés depuis un moment. On a payé pour cela, on veut donc en avoir pour notre argent !

En abordant une énième petite côte, je trébuche et m’érafle le poignet droit, en voulant me rattraper. Fini la rigolade. La concentration doit demeurer maximale pour rester en équilibre. A la sortie d’un bois, l’on passe près d’un camping. C’est le signal que la descente finale sur Saint Catherine va bien commencer. Je redouble de prudence. Les descentes, ce n’est pas trop mon fort. Surtout celle-ci: casse-gueule à souhait, avec plein de gros cailloux par endroit, sur un sentier étroit, dans l’obscurité. La fin s’apparente à un toboggan, avant de rejoindre en bas le stade de foot éclairé, où se trouve le deuxième ravitaillement (km 28,5). Il suffit de se laisser glisser sans tomber. Je ne prends aucun risque, je ralentis l’allure. Laurence m’appelle parfois « monsieur prudent », ce n’est pas pour rien. Je m’arrête une bonne minute au ravitaillement pour remplir mes bidons, boire du thé et faire pipi, la seule
fois de la nuit. Il est 2h25 du matin. La route est encore longue. Le plus dur, c’est pour plus tard.

AVENTURE INTERIEURE

Je repars en compagnie de Catherine Dubois, tandis que Christian Marcot s’arrête une nouvelle fois pour assouvir un besoin naturel. Dans la côte de la Bullière, notre charmante jeune femme est accompagnée d’un compagnon de course qui la renseigne via une téléphone portable. La concurrente de tête la devance de quelques minutes. « on se rappelle à Soucieu » dit il à son indicateur. On se relaie pendant quelques kilomètres, jusqu’au Bois d’Arfeuille. C’est un lieu stratégique de la course : un coin sombre, lugubre, où le sang froid est de mise pour ne pas tomber. On avait repéré l’endroit avec mon frère cinq semaines auparavant, de nuit, au petit trot, dans des conditions météo plus difficiles. Maintenant, je dévale la pente comme un cabris, dans une bouillasse et un tapis glissant de feuilles mortes. Heureusement, ce passage dure moins de cinq minutes mais il est mémorable pour chaque coureur qui l’emprunte.
On retrouve une route qui doit nous mener à Saint Genoux. Toujours Catherine Dubois dans mes basques. Je ne fais plus trop attention à elle. Je cours par moment seul, le peloton a complètement explosé et des petits groupes se forment tous les 50 à 100 mètres. Je pense à me ravitailler en eau et gel énergétique car on atteint les trois heures de course. Le temps d’effort d’un marathon. Encore un peu plus de trois heures de course, je l’espère. On rentre dans ce que l’on appelle l’ultra, c’est-à-dire l’effort au-delà d’un marathon. Je vis une aventure intérieure, comme dans un film, sauf que j’en suis l’acteur. L’itinéraire est modifié pour atteindre Saint Genoux. Heureusement qu’un poursuivant m’aiguille dans la bonne direction, je n’avais pas vu le panneau d’indication.

MOMENT D’EMERVEILLEMENT



Au sommet de Saint Genoux (Km 38), il reste environ 30 bornes. Et c’est le clou du spectacle: d’un coup, l’on domine des yeux toute l’agglomération lyonnaise, la nuit de la fête des Lumières. Rien que pour ce moment, une SaintéLyon vaut la peine d’être vécu.
Ce moment d’émerveillement coïncide avec l’amorce d’une longue et régulière descente vers Soucieu en Jarrest. Comme un saut en parachute. Mes quadriceps commencent à me faire un peu mal. Non loin du lieu dit « le Haut Marjon » (Km 40), j’entends la foulée et le souffle d’un coureur qui ne coure pas du tout à la même allure: c’est le coureur de tête du relais à 4 qui me dépasse. On dirait une locomotive, ses jambes remplaçant des pistons. Et puis c’est Catherine Dubois qui prend le large. Son expérience des courses ultra et autres raids multisports fera le reste. Je ne cherche pas à la suivre. Maintenant, à tout instant, une défaillance aussi foudroyante que douloureuse peut survenir. Ce n’est pas le moment de s’affoler ni de s’emballer. Je reste dans ma bulle. Même le dépassement de Philippe Remond (vainqueur de l‘édition 2006), en course pour le relais à 3, me laisse de marbre. Maintenant, c’est une autre
course qui commence, on rentre dans l’univers de l’ultra. A Soucieu , km 44,5, je passe en 4h04, en 130ème position. Tout c’est passé jusqu’ici comme dans un rêve. Mais je sais que les moments d’euphorie peuvent précéder des moments dignes d’un trou noir. Les ultimes kilomètres se joueront aussi dans la tête.

AU FIL DU RASOIR

Je repars avec une foulée rasante et raccourcie, je relâche les épaules et les bras. On parcourt maintenant une petite route de campagne, au milieu des vergers, pour atteindre le chemin du Garon, avec une belle descente vers la passerelle du lieu dit, puis une remontée sévère dans la boue (Km 48). Je me mets à marcher pour la première fois de la nuit. Idéal pour récupérer, reprendre son souffle. Au sommet, l’on retrouve une route en faux plat montant. Je dose l’effort en fonction du terrain. Le Garon, la traversée de Chaponost, des lieux où je suis passé des dizaines de fois à l’entraînement avec mon frère. Je ne m’en lasse pas. C’est la campagne près de la ville. De la traversée marécageuse du parc de Chaponost succède une descente cassante vers les Aqueducs de Beaunant. Mes cuisses sont en feu. 5 heures de course à pied, ça use, ça use…Je garde pourtant toute ma lucidité. Au ravitaillement de Beaunant (Km 58), il
est 5h16. L’objectif de 6h30 à l’arrivée est envisageable. J’attaque les dix derniers kilomètres par une route dont la pente s’élève furieusement au dessus des aqueducs romains. Impossible de courir, vaut mieux économiser l’énergie qu’il me reste. Je marche rapidement, en mettant mes mains sur les genoux, à l’endroit le plus pentu de cette côte d’1,5km, qui mène à Saint Foy les Lyon. C’est un juge de paix: ça passe ou ça casse. Cela a l’air de passer, ainsi que pour Christian Marcot, qui revient du diable vauvert. Je ne l’avais plus aperçu depuis 30 km. « Je me suis arrêté six fois à cause de diarrhées, j’ai pourtant de si bonnes jambes ! ». Je croise les silhouettes de Bruno Achard et Didier Rahm, de l’AC Tassin. L’un est là comme suiveur et l’autre comme coureur. Je les salue, j’encourage Didier, qui n’a pas l’air d’être au mieux -j’ai connu la même chose il y a deux ans presque au
même endroit- et suit les pas de Christian. Je me remets à courir au 2/3 de la pente et la poursuite dure jusqu’à l’église de Sainte Foy. On aborde une énième descente sur Lyon et Christian a déjà pris la poudre d’escampette. « Plus que sept bornes » annonce un suiveur. Il est 5h40 environ. Cela me donne de l’espoir et je m’accroche. Mais les jambes ne répondent plus vraiment comme je le voudrais. Mes pieds tapent le sol depuis 360 minutes. Les batteries commencent à baisser. C’est physiologiquement normal. Je suis sur le fil du rasoir, la grosse défaillance n’est pas loin, si proche de l’arrivée. Je pense alors à tous les coureurs éparpillés dans la nature qui ont choisi de vivre ces moments de frisson, de joie, de souffrance et d’émotion. C’est peu dire si j’apprécie d’achever la descente sur Lyon au moment de traverser la place Carnot . Je zappe le dernier ravitaillement. J’ai encore de l’eau et un gel
énergétique sur moi. Il n’y a plus de temps à perdre. Au moment de traverser le pont Galliéni, je croise des fêtards qui rentrent se coucher. Ils encouragent ostensiblement les coureurs.

BONHEUR PARTAGE

Il reste trois bons km tout plat sur les berges du Rhône. Tout au bout, c’est le parc Gerland et l’arrivée au palais des sports. Ces km me semblent compter le double. Il est temps d’en finir, je commence physiquement à en avoir ras le bol. Chaque foulée est un combat contre l’apesanteur. Mais cette nuit, c’est la course de l’année, j’ai un moral d’enfer. Le plus dur est passé, c’est un peu inespéré. C’est dans les tous derniers mètres en entrant dans le palais des sports que je laisse éclater ma joie comme rarement. Un bon moyen d’évacuer l’adrénaline de la course. 6h24 de bonheur. Que je partage ensuite avec Christian Marcot, arrivé 9 minutes plus tôt, ou bien avec Rodolphe Jacottin, qui en 6h33, a conjuré le mauvais sort qui s’acharnait sur lui ces derniers mois dans les courses ultra. Avec mon frère bien sûr, qui pulvérise son record de 2005, en 6h52 ! Preuve que nos entraînements ont payé. Reste mon
père, l’énigme de cette nuit. Où a-t-il pu bien passer ? . Le jour s’est levé depuis un bon moment, un grand soleil brille dans le ciel de Lyon ,quand à 9h 33, mon père arrive en marche athlétique dans l’enceinte copieusement garnie. Applaudissements. Dans le journal Le Progrès du lendemain, il avouera « avoir pris quelques gamelles à cause de la boue, manqué un peu de rythme mais cela restera un beau souvenir. Enormément de gens m’ont encouragé, çà faisait chaud au cœur. Je reviendrai ». Après les semaines difficiles vécues cette année, c’est une belle récompense. Comme pour le lyonnais Fabien Antolinos, le vainqueur en 5h et 10 secondes. Son beau père et président du club d’athlétisme de Décines, près de Lyon, est resté dans le coma pendant plusieurs semaines et se bat pour retrouver toutes ses facultés. Et la femme de Fabien vient d’accoucher de leur premier enfant. Comme le dit si bien Fabien Hobléa, un
grand coureur d’ultra, dans la revue Ultrafondus de septembre 2008, « y a pas que la course dans la vie, mais la vie de coureur est assurément forte et passionnante. A nous de penser à ceux qui n’ont pas cette chance de pouvoir vivre intensément à travers leur corps en mouvement. »

Alexandre DELORE
dossard 691
Licencié au club Athlétique de Bellegarde

Bicshow 16/12/2008 15:50

Bravo, belle progression en temps : 32 minutes de gagné si on enlève environ 15 minutes dues aux 3 km de moins tu es quand même environ 17 minutes en dessous avec des conditions de terrain bien plus dures et moins roulantes que l'année dernière. L'année prochaine en 5h30?

Quelle saison !!!!!!!!!!!!!!! époustouflante !!

BRAVO CHAMPIONNE

franco 14/12/2008 01:53

Cathy c'est l'esprit trail....la simplicité, la modestie....mais de tres bons resulats (excellent) pour un tout ptit bout de femme.chapo ;-)

Pat 12/12/2008 08:28

Un grand bravo pour ce nouveau podium !
Quel plaisir de voir vos beaux sourires !

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